Quelques jours après la présentation de dernier rapport de l’IPBES « Business et biodiversité » lors de 12ème plénière à Manchester le 8/12/2026, l’association de la Fresque de la Biodiversité organisait une journée « Climat et Biodiversité » à Paris.
Des constats alarmants :
Gilles Boeuf a parlé de la disparition des anguilles (plus de 50% de la biomasse en Europe de l’Ouest il y a 50 ans pour 1% aujourd’hui). Les poissons migrateurs n’arrivent plus à s’adapter. Les récifs coralliens représentent 1% de la surface des océans mais plus d’un 1/3 des espèces vivantes ! Plus de la moitié de ces récifs sont détruits. Gilles cite 3 milieux à particulièrement observer : l’eau de mer (et tous ses habitants), le sol (et ses fonctions uniques de nettoyage-filtrage) et le microbiote (plus de bactéries différentes dans les intestins que dans le reste du corps humain !).
Marc-André Sélosse a rappelé que c’est bien le sol qui purifie l’eau et que depuis 2021, nos coûts d’épuration des sols ont augmenté de 16% déjà. Avec Hélène Leriche ils ont rappelé la progression de l’antibiorésistance et du développement de plus en plus rapide de zoonoses. Plus de 25000 morts non expliquées en Europe par an !
Gilles Escarguel, paléontologue de l’université Lyon 1 avec des travaux sur des traces de vie comparées à de très grandes échelles géologiques, confirme que l’histoire de la vie bouge bien tout le temps. Seulement, s’il y a eu une quarantaine de périodes d’effondrement de la biodiversité cela s’est fait sur 100 000 ans au minimum ! Toutes ces périodes de crises commencent par un lent déclin de biodiversité puis par une phase d’extinction en cascade en lien avec une disruption climatique majeure. On entre vraisemblablement dans cette phase avec des problèmes de vitesse et intensité de disparition de la biodiversité !
Emma Aziza, hydrologue, a confirmé les problèmes de rythme également pour le cycle de l’eau. Ne pas oublier que les principaux stocks aquifères s’épuisent et qu’il faut 100 00 ans pour les renouveler ! Gilles Escarguel précise même que ça en vient à modifier l’axe de rotation de la Terre. Le cycle de l’eau n’existe que par le vivant car c’est une bactérie qui agglomère les molécules de glace et permet la création de pluies qui tombent ailleurs. La pluie vient du sol et cette bactérie ne peut pas vivre au-dessus de 30°C. Quelques semaines de canicule peuvent amener un état de sécheresse plus important que 10 mois sans pluie.
Que faut-il faire pour que le sujet de la biodiversité monte au niveau des décideurs ?
- Article dans « Le Monde » du 10/02/2026 : on a les moyens de diminuer les utilisations de pesticides mais le problème = effet cocktail.
- Eduquer à la complexité et dire stop aux solutions magiques
- Enfin faire le lien Biodiversité – Eau et santé (ce qui a été fait à Manchester) et ne plus regarder la biodiversité que comme « fonctionnelle » mais comme quelque chose dont nous sommes dépendants !
- Observer le petit qui bouge très très vite en fait !
- Relocaliser nos actions
- Prendre de la hauteur pour ne pas passer à-côté des grands enjeux
Des solutions concrètes :
- Arrêter de fragmenter les zones de rivière
- Aller voir du côté des virus qui ont une diversité 10 fois supérieure aux espèces si on veut sauver l’humain avec la phagothérapie.
- Penser aux rotations longues (si plus de 10 ans : difficile pour un virus d’attendre), cultures mélangées, agroécologie
Quelques infos :
On a encore beaucoup à apprendre des fonctions du sol : 80% des pesticides sont « mangés » par les habitants des sols profonds mais on ne sait pas encore comment ça se passe !