Agir pour la Biodiversité pour agir aussi pour le Climat

Le 12/02/2026, quelques jours après la présentation du dernier rapport de l’IPBES « Business et biodiversité » lors de la 12ème plénière à Manchester, l’association de la Fresque de la Biodiversité organisait une journée « Climat et Biodiversité » à Paris.

Des constats alarmants :

Gilles Boeuf a parlé de la disparition des anguilles (plus de 50% de la biomasse en Europe de l’Ouest il y a 50 ans pour 1% aujourd’hui). Les poissons migrateurs n’arrivent plus à s’adapter. Les récifs coralliens représentent 1% de la surface des océans mais plus d’un 1/3 des espèces vivantes ! Plus de la moitié de ces récifs sont détruits. Gilles cite 3 milieux à particulièrement observer : l’eau de mer (et tous ses habitants), le sol (et ses fonctions uniques de nettoyage-filtrage) et le microbiote (plus de bactéries différentes dans les intestins que dans le reste du corps humain !).

Marc-André Sélosse a rappelé que c’est bien le sol qui purifie l’eau et que depuis 2021, nos coûts d’épuration des sols ont augmenté de 16% déjà. Avec Hélène Leriche ils ont rappelé la progression de l’antibiorésistance et du développement de plus en plus rapide de zoonoses. Plus de 25 000 morts non expliquées en Europe par an !

Gilles Escarguel, paléontologue de l’université Lyon 1 avec des travaux sur des traces de vie comparées à de très grandes échelles géologiques, confirme que l’histoire de la vie bouge bien tout le temps. Seulement, s’il y a eu une quarantaine de périodes d’effondrement de la biodiversité cela s’est fait sur 100 000 ans au minimum ! Toutes ces périodes de crises commencent par un lent déclin de biodiversité puis par une phase d’extinction en cascade en lien avec une disruption climatique majeure. On entre vraisemblablement dans cette phase avec des problèmes de vitesse et d’intensité de disparition de la biodiversité !

Emma Aziza, hydrologue, a évoqué les problèmes de rythme également pour le cycle de l’eau. Ne pas oublier que les principaux stocks aquifères s’épuisent et qu’il faut 100 00 ans pour les renouveler ! Gilles Escarguel a même précisé que ça en vient à modifier l’axe de rotation de la Terre ! Le cycle de l’eau n’existe que par le vivant car c’est une bactérie qui agglomère les molécules de glace et permet la création de pluies qui tombent ailleurs. La pluie vient du sol et cette bactérie ne peut pas vivre au-dessus de 30°C. Quelques semaines de canicule peuvent amener un état de sécheresse plus important que 10 mois sans pluie.

Que faut-il faire pour que le sujet de la biodiversité monte au niveau des décideurs ?

  • Article dans « Le Monde » du 10/02/2026 : on a les moyens de diminuer les utilisations de pesticides mais le problème = effet cocktail.
  • Eduquer à la complexité et dire stop aux solutions magiques,
  • Enfin faire le lien Climat, Biodiversité, Eau et Santé (ce qui a été fait à Manchester et déjà dans le précédent rapport de l’IPBES – NEXUS fin 2024)
  • Ne plus regarder la biodiversité que comme « fonctionnelle » mais comme quelque chose dont nous sommes dépendants !
  • Observer le petit qui bouge très très vite en fait !
  • Relocaliser nos actions
  • Prendre de la hauteur pour ne pas passer à-côté des grands enjeux

Des solutions concrètes :

  • Arrêter de fragmenter les zones de rivière
  • Aller voir du côté des virus qui ont une diversité 10 fois supérieure aux espèces si on veut sauver l’humain avec la phagothérapie.
  • Penser aux rotations longues (si plus de 10 ans : difficile pour un virus d’attendre), cultures mélangées, agroécologie

 

Ca bouge aussi du côté des entreprises

L’ADEME et l’OFB sont des partenaires actifs des entreprises.

Thomas Eglin (ADEME Rhône-Alpes) insiste sur l’importance dans leur accompagnement des entreprises de choisir les énergies renouvelables les plus locales possible et d’aborder les changements avec les habitants sous l’angle  du travail sur les paysages.

Gaël Thevenot de l’OFB a rappelé l’existence du programme LIFE ARTISAN  pour promouvoir les SFN (Solutions fondées sur la Nature), utiles et tellement efficaces pour s’adapter au changement climatique (comme l’agroécologie) . Si chez Codyter, nous connaissons le programme  TEN « Territoire engagé pour la Nature », sachez que les « Entreprises engagées pour la Nature » doivent se fixer des actions concrètes dont au moins une concerne le « Coeur de métier ». On peut donc aller au delà (et s’inspirer) de Pochéco et Décathlon.

Fabrice Bonnifet confirme que le génie écologique n’est pas suffisamment exploité dans les entreprises. Les SFN nécessitent plus de frais d’études mais il faut penser en coût complet. Avec le programme GEN Act qu’il a initié l’idée est de faire pression sur les actionnaires pour passer à une économie de fonctionnalité (faire payer l’usage et pas les produits). Changer la comptabilité et transformer les matières premières en actifs pour leur faire prendre de la valeur à long terme permettrait d’arrêter la pression sur les ressources.

Marie-Hélène Enrici qui a participé au dernier rapport IPBES a cité de nombreux travaux en cours pour valoriser le long terme et le capital naturel (ex : un coût d’externalisation de l’eau = tarif différent selon le stress hydrique local).

Tous ont proposé aux citoyens de s’impliquer dans les PLU avec les enjeux de la biodiversité et de continuer à faire preuve de créativité pour amener des représentants de la Nature dans les lieux de décisions comme les Conseils d’administration (CF. Marine Calmet).

 

Plus tard dans l’après-midi on a aussi parlé de Biomimétisme (s’inspirer du vivant), de Zoopharacognosie (manière dont les animaux se soignent) et d’Ethnobotanique (relation entre végétal et humain) et de perma-économie… Et Yann-Arthus Bertrand a montré un film sur les terres qu’il a « redonné à la Nature ».

 

Merci à Géraldine Vuillier et Goeffrey-Edouard Vuillier de la Fresque de la biodiversité

de nous avoir encore bien prouvé avec cette journée que dès que l’on prend soin de la biodiversité on peut avoir une résilience rapide et profiter d’un effet positif sur soi et son environnement.  

Ca donne espoir à très court terme et près de chez soi !

Encore quelques infos :

On a  encore beaucoup à apprendre des fonctions du sol : 80% des pesticides sont « mangés » par les habitants des sols profonds mais on ne sait pas encore comment ça se passe !

Livre de Marc-André Sélosse : de la biodiversité comme un humanisme, éditions du Seuil, 2026

Livre de Robert Barbault : Un éléphant dans un jeu de quilles (2006) décrit l’homme dans la biodiversité.

Ted-X de Gilles Escarguel « Climat et biodiversité, comment tout est lié » ICI.

A venir celui de Gilles Boeuf (Ted-X Agro Paris Tech de ce début d’année 2026).

Centre de ressources génie écologique de l’OFB : ICI

Indice planète vivante de WWF : ICI